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DIM'SENSUS — Numéro spécial : crise du 17 octobre, quel regard sur ces dissensus ?

raphaeleulry
il y a 3 heures
12 min de lecture

Dim'sensus paraît d'habitude le dimanche. Cette semaine, j'ai décidé de déroger, au vu d'une actualité qui secoue la France mais aussi l'Italie, en publiant ce vendredi une édition spéciale consacrée aux événements des 17 et 18 octobre — dont nous attendons la suite. Vous y trouverez comme d'habitude cinq faits, une grille d'analyse, mon regard. Et vos commentaires, j'espère.

En deux jours et deux nuits, la France a vu des centaines de milliers de manifestants pacifiques, une mairie historique en flammes et des milliers de commerces pillés dans toutes les villes du pays. Cinq jours plus tard, dans ce numéro, je cherche des clés pour comprendre.



1. Un État qui perd pied face aux émeutes : qui en répond ?


Aux abords de la place de la République à Paris, dimanche soir, je l'ai constaté moi-même : une seule vitrine est restée intacte, une seule boutique — la même — a rouvert le lundi comme si de rien n'était. Celle d'une librairie indépendante. J'ai souri en lisant mercredi que la politologue Chloé Morin était passée dans la même rue, avait fait la même observation, pour en tirer cette leçon : le butin dresse en creux le portrait de ceux qui l'ont volé. Il suffit de le décrire : téléphones, baskets, parfums, sacs et lunettes de marque, tout ce qui se consomme dans l'heure, sur place, ou s'exhibe le lendemain sur les plateformes de revente. Fast and furious, fast fashion, fast food... Le livre, lui, ne se revend pas. S'achète-t-il encore ?

Depuis ce week-end, le débat tourne peu à peu à vide. Pour le gouvernement et pour certains observateurs, ces violences et ces pillages ont été inspirés, encouragés, voire déclenchés à l'initiative des organisations de l'ultragauche, satellisées et soutenues par La France insoumise, ne serait-ce que par les éléments de langage des leaders de LFI et par leurs silences par omission délibérément choisis. Pour une partie de cette gauche radicale, c'est au contraire la doctrine de maintien de l'ordre qui a avivé les tensions jusqu'aux débordements, tout en échouant à empêcher le désordre.

Il suffit d'avoir vu les images ou d'avoir traversé ces lieux d'émeute pour l'affirmer : il y a bien eu une violence politique organisée. Des émeutiers qui communiquaient entre eux se sont dirigés vers l'Élysée à Paris ; à Bordeaux, la résidence préfectorale a été violée et saccagée ; à Limoges, l'Hôtel de Ville classé a été incendié et partiellement détruit. Cette violence politique vise l'État, le chef de l'État, son gouvernement et toutes les autorités, où qu'elles se trouvent dans les territoires. Des slogans tagués sur les devantures de ces bâtiments publics comme des agences bancaires et des compagnies d'assurance ne laissent guère de doute sur l'intention : renverser un système abhorré.

Mais ce prisme d'analyse est-il valide pour expliquer le pillage de milliers de commerces ? Les constats menés en garde à vue et les premières comparutions immédiates semblent révéler autre chose. La plupart des gardés à vue ne formulent aucune revendication politique. Leur profil non plus n'est pas celui d'activistes. Devant les tribunaux défilent des 18-30 ans, souvent des primo-délinquants, des étudiants, des techniciens, des ingénieurs, des salariés modestes.

C'est comme s'il y avait eu juxtaposition et enchaînement de deux émeutes dans la même journée puis dans la même nuit, dans le même week-end. L'une est le fait d'une minorité d'activistes ultra-violents, organisés, idéologisés, qui visaient les symboles de l'État et du capitalisme. L'autre est le fait d'une foule laissée à ses pulsions grégaires, composée d'individus perdant tout repère, renonçant à toute limite de leurs désirs, s'attaquant en toute impunité aux vitrines garnies, sous le regard — complaisant, complice ou apeuré, c'est selon — de tous ceux qui filmaient pour diffuser ensuite sur les réseaux les images quasiment en direct.

À ce propos, je recommande de lire Olivier Vial, le directeur du CERU, rédacteur de la Lettre des radicalités. D'après lui, ces deux violences se rencontrent puis se renforcent sans être consubstantielles l'une de l'autre : les uns ouvrent la brèche, les autres s'y engouffrent puis l'exploitent. Mais cette complémentarité tactique n'est ni un projet partagé, ni une ruse. Dit autrement, les activistes d'extrême gauche ne sont pas le cheval de Troie des pillards. Certes, la seconde émeute n'a pu se déployer que dans la brèche ouverte par la première, mais partant de là, il devient indispensable de distinguer l'une de l'autre. D'abord, parce que les profils, les cibles et les mobiles diffèrent. Ensuite et surtout, parce qu'une politique publique qui traiterait les deux phénomènes comme un seul manquerait deux fois ses objectifs : elle chercherait une organisation à contrer là où il n'y en a pas et elle passerait à côté de celle qui existe et doit être appréhendée.

En fait, la seconde émeute est à l'opposé de celle qui l'a permise, sans la provoquer tactiquement et intentionnellement. Cette émeute qui a dépassé les forces de l'ordre par le nombre et la propagation est en quelque sorte le miroir inversé de la première : elle est dépourvue de toute organisation ; elle est dénuée de toute idéologie. Sauf à considérer que piller des boutiques en est une. Il s'agissait plutôt d'une digue mentale et morale qui a rompu brutalement chez nombre de participants, aux profils disparates, déclenchant des tsunamis d'individus déferlant en tous sens, sans projet, sans retenue, se répandant partout, sans la crainte d'un État qui retient, sans la crainte d'un État qui sanctionne.

Pour qui s'intéresse aux systèmes politiques et de pouvoir, le constat est accablant : les corps constitués qui faisaient intégrer en chacun l'autorité légitime — famille, école, services publics, syndicats, partis, associations — semblent en panne. Ces antennes n'émettent plus, ne transmettent plus. Montesquieu appelait ces corps les « canaux » qui protègent le pouvoir des insurrections. Manifestement, ils sont bouchés ou bien ont débordé.

Qui en répond ? Qui pour assumer ?

Apolitique au sens étymologique du terme (sans aucun motif politique), cette seconde émeute pose en revanche avec une urgente acuité cette question politique : comment reconstruire une légitimité institutionnelle à l'autorité, à commencer par celle de l'autorité publique ? En démocratie, cela ne se décrète pas par oukase. Cela passe par la réhabilitation à tous les niveaux du sens de la responsabilité et de son corollaire, la sanction… mieux que cela encore : l'intériorisation de la possibilité réelle d'une sanction en cas de manquement ou d'infraction à la règle commune.

De quelles responsabilités parlons-nous ? Premièrement, la responsabilité pénale, celle des casseurs et des pilleurs. Elle s'établit devant les tribunaux indépendants. Deuxièmement, la responsabilité civile de l'État, prévue par la loi : il devra indemniser les victimes des dégâts causés par les attroupements. Mais qui est cet État qui dédommage sinon nous tous ? Au final, le contribuable paiera. Troisièmement enfin, la responsabilité politique, la seule que peu s'empressent d'endosser, à l'exception notable et louable du ministre de l'Intérieur, qui a remis sa démission, le Président de la République l'ayant ensuite refusée.

Du reste, est-ce qu'une telle démission aurait aidé à résoudre l'équation du moment ? J'en doute. En pleine crise, décapiter ceux qui sont aux manettes de l'appareil de sécurité, ce serait ajouter la désorganisation à l'inorganisation. Pallier une carence d'État par encore moins d'État, il n'y a rien de plus hasardeux. En pareille crise, plus que jamais, nous avons besoin de responsabilité ; de ce point de vue, sauvegarder la continuité de l'État est faire preuve de responsabilité.

La question est selon moi davantage institutionnelle. Dans la conception gaullienne fondatrice de la Ve République, le Président est la clé de voûte du régime. C'est d'ailleurs pour cela qu'il avait originellement un mandat de 7 ans. C'est aussi pourquoi le général De Gaulle a imposé en 1962 l'élection du Président de la République au suffrage universel direct. D'après la Constitution de 1958, le chef de l'État dispose de deux instruments pour placer le peuple devant ses responsabilités et lui-même devant les siennes. Ces deux juges de paix de la responsabilité sont le référendum et la dissolution. De Gaulle en a respecté l'esprit à la lettre : désavoué lors de son référendum de 1969 à 20 heures, il a démissionné immédiatement, avec effet le lendemain à midi.

Malheureusement, au-delà du fait que tout le monde ne peut pas être De Gaulle, ces deux instruments destinés à produire de la responsabilité pour sortir des crises par le haut ont été utilisés par Jacques Chirac en 2005 et par Emmanuel Macron en 2024 avec les échecs que l'on sait, sans que l'un ou l'autre en tire de conclusion personnelle et politique. Alors que le désaveu était, dans les deux cas, cinglant et fondamental. Bien plus que lors de la dissolution de 1997, qui n'était guère plus qu'un aléa, une péripétie électorale dans un système encore bien huilé, pas encore parti à vau-l'eau.

Le problème d'aujourd'hui est le suivant : lorsque ces deux outils de responsabilité du chef de l'État et de son peuple ont été utilisés, usés et dévoyés, que reste-t-il ? Rien, sinon le vide et le face-à-face entre ce peuple en colère qui se sent méprisé et floué et, en miroir, cet État qui, via son chef, découvre qu'inaudible et impuissant, il est nu. Pour moi, c'est là la question fondamentale — oserais-je dire radicale ? — posée par les 17 et 18 octobre.

Le contraste est d'ailleurs saisissant. Laurent Nuñez, ministre de l'Intérieur, haut fonctionnaire qui a servi la République toute sa vie, a voulu assumer au nom de son très grand sens de l'État et il en a été empêché. Mais ainsi, il est le paravent de papier de celui qui est responsable de tout, mais qui n'assume rien. Le Parlement, qui réclame des comptes en vociférant, en doit aussi, ne serait-ce que par son incapacité à débattre et à s'entendre pour agir pour l'intérêt commun. Une démocratie apaisée permettant de prendre des décisions légitimes est possible si et seulement si citoyens, représentants, gouvernement et chef de l'État assument et répondent tous de leurs actes.



2. La colère, nouveau discours de la méthode ?


Le ton est vindicatif et inhabituel. Sur LinkedIn, Yann Rivoallan, président de la Fédération française du prêt-à-porter féminin, demande où étaient l'État et la police pendant que les pilleurs dévalisaient les boutiques « pendant des heures, sans être inquiétés ». Menaçant, il rappelle que les marques ont légalement le droit d'attaquer l'État : l'article L.211-10 du Code de la sécurité intérieure rend l'État civilement responsable des dégâts commis par des attroupements. Quand Rivoallan évoque un recours, il ne fait donc pas seulement un coup de comm'. Il met l'État devant sa responsabilité — civile en l'espèce ; on y revient.

Une colère tout aussi véhémente a gagné les maires des villes vandalisées comme ceux des communes rurales qui ont observé le chaos. Pour reconstruire son Hôtel de Ville incendié, le maire LR de Limoges, Guillaume Guérin, exige une procédure accélérée de reconstruction, dite « Notre-Dame de Paris », financée à 100 % par l'État défaillant, sans quoi il démissionnera. Commerçants, maires et élus locaux font tous le même constat : l'État a failli en ne les protégeant pas. En mettant en scène leur colère, ils somment l'État de se ressaisir.

Devant son ampleur, accrue par une opinion publique sidérée et à cran, cette colère semble avoir déjà permis d'obtenir des résultats. Quoiqu'endetté jusqu'au bord de la crise financière, l'État a pris en trois jours de premières mesures d'urgence et envisage d'en annoncer d'autres encore. Coûteuses, en plein début de discussion du PLF 2027 et du PLFSS 2027. Et le Premier ministre Sébastien Lecornu a répondu publiquement au maire de Limoges que « la mairie de Limoges sera reconstruite », avant d'annoncer sa venue sur place ce vendredi.

Mais est-ce vraiment cette colère qui a permis d'obtenir ces résultats ? Ne serait-ce pas plutôt la peur de l'effondrement ressentie par cet État faible face à la rue aux airs d'insurrection qui l'a encouragé à lâcher ce qui lui reste de bride ? C'est selon moi le paradoxe de la colère comme levier d'influence et de négociation : elle n'est opérante que face à un État affaibli et apeuré, qui est précisément la cause de cette colère. Le cercle vicieux est enclenché : à force de dénoncer l'impuissance de l'État, on affaiblit encore davantage celui dont on attend tout.



3. La fable du ventriloque et de l'interlocuteur


« Bismillah, c'est les ténèbres. » Ce message Snapchat, attribué par des lycéens à des policiers infiltrés, est devenu le slogan du mouvement. Le message, puis la rumeur, se sont propagés. Ça n'a rien d'anecdotique. C'est même une triple leçon.

Première leçon : essayer d'imiter le langage d'un public qu'on ne connaît pas, c'est avouer l'image qu'on s'en fait. Personnalités publiques, élus et responsables politiques, marques, campagnes de prévention : vouloir parler jeune pour parler aux jeunes, c'est s'exposer à ce risque de « retour de flamme », pour faire un très mauvais jeu de mots.

Deuxième enseignement : dans un mouvement où une partie des manifestants accuse les forces de l'ordre, dans leur ensemble, de racisme et de violence, un tel message prêté à la police a valeur de preuve. Que l'institution ait rédigé ou non ce message, il a suffi que la rumeur de son existence paraisse assez crédible et convaincante pour que ce message se répande massivement. Et qu'il devienne contre-productif.

Troisième leçon, celle de l'arroseur arrosé. Les lycéens ont retourné la phrase contre son auteur supposé en en faisant leur signature, un signe de reconnaissance et un totem de mobilisation. C'est la définition d'un mème réussi et d'une bataille du récit perdue par l'État.

Moralité de la fable : qui veut sortir d'une crise par le dialogue n'a pas besoin de ventriloques ou d'imitateurs mais d'interlocuteurs authentiques et habilités.



4. Les plateformes, supply chain du 17 octobre ?


Jamais cela ne s'était produit avec une telle ampleur : les plateformes ont servi à chaque étape du pillage. Comme un logiciel de supply chain en trois étapes.

Stage 1 : Coordination. Une application présentée comme le « Waze du 17 octobre » signalait en temps réel la présence policière et les lieux attaqués. Snapchat et sa carte géolocalisée ont servi aux pilleurs à se retrouver, selon le spécialiste du numérique Nicolas Vanbremeersch, cité par L'ADN.

Stage 2 : le Retail. Sur TikTok, des jeunes ont posé avec leur butin, pendant et après les pillages, sous cette légende devenue virale : « Wallah, merci Paname ». Les likes et les RT sanctionnent l'audace en la récompensant, là où le juge de la République ne la pénalise pas systématiquement. Chloé Morin y voit la victoire d'un « tribunal des pairs » sur les palais de justice.

Stage 3 : la transaction. Dès le soir, vêtements, parfums et produits de maquillage étaient proposés sur Vinted ou Leboncoin. Le marché était ouvert : les acheteurs publiaient leurs demandes et les vendeurs renvoyaient vers Snapchat pour conclure le deal. Sans modération des vendeurs, ni « modération » des plateformes.

Dès le lundi 19 octobre au soir, les ministres Serge Papin (Commerce) et Anne Le Hénanff (Numérique) ont réuni Vinted, Amazon, eBay, Leboncoin, Meta et TikTok, ainsi que la Fevad et l'Alliance française des places de marché. Les plateformes se sont engagées à coopérer avec les enquêteurs, à renforcer la modération, à avertir les acheteurs des sanctions du recel et à rendre des comptes chiffrés, avec des réponses sous 48 heures.

Mais là encore, comment se fait-il que l'État se contente d'engagements volontaires des plateformes concernées, alors qu'il dispose de leviers contraignants grâce au règlement européen sur les services numériques ? Pire, Snapchat ne figure pas parmi les plateformes conviées, alors que c'est cette plateforme qui est devenue la place de marché de revente des butins pillés. Pour les marques dont les produits se retrouvent revendus sur ces plateformes, la protection de la marque est définitivement devenue une question d'ordre public. Quant aux plateformes, elles doivent elles aussi se plier au principe de responsabilité. Leur place de marché est devenue un espace public comme les autres.



5. Émeutes à Bruxelles, Milan, Turin et Rome : contagion ou phénomène européen ?


Le même week-end, la Belgique et l'Italie ont connu des violences. À Bruxelles, des manifestations sauvages ont dénoncé la hausse des coûts de l'enseignement. À Milan, 25 blessés dont dix policiers et 50 interpellations dont la moitié de mineurs. Des heurts ont aussi éclaté à Turin, à Bologne et à Rome. Cheffe du gouvernement italien, Giorgia Meloni a sommé l'opposition de « ne pas être ambiguë » avec les manifestations violentes. Toute ressemblance avec des faits et des personnes, etc. On connaît le refrain.

Mais y a-t-il vraiment un seul chef d'orchestre de ces mouvements ? Si oui, vient-il systématiquement et exclusivement de l'extrême gauche ? Je pose la question : ne sommes-nous pas prisonniers d'un schéma de pensée obsolète qui nous empêcherait de concevoir qu'un tel mouvement peut exister de nos jours sans cause unique lisible, sans réel meneur univoque ? Est-ce que ce qui est nouveau dans ces mobilisations, ce n'est pas qu'elles sont incontrôlables parce que justement pas contrôlées ? Ne serait-ce d'ailleurs pas là la singularité de ces révoltes attribuées à la génération Z, les 15-25 ans ?

Dans les cortèges français, belges et italiens, certains hissaient le même drapeau pirate One Piece, tiré du manga éponyme, que les jeunes qui se sont élevés depuis 2025 au Népal, à Madagascar, au Maroc, en Indonésie et aux Philippines. Les ressemblances sont troublantes : aucun leader, une organisation née sur les réseaux, des griefs matériels très concrets, une défiance envers l'autorité et les institutions.

À travers des premières revendications pour demander plus de profs et de classes de lycées, on assiste à la révolte de la génération déclassée. Une génération qui, toutes les statistiques l'annoncent, est promise à une vie moins heureuse que celle de ses parents et de ses grands-parents : elle est criblée de dette climatique, de dette financière, de dette d'autorité aussi, dont elle hérite sans l'avoir choisie. Sans non plus pouvoir y renoncer devant un notaire pour ne pas payer les frais de succession.

Cette génération Z qui descend dans la rue est un amalgame hybride : les uns défilent pacifiquement, des slogans sur leurs pancartes, tandis que d'autres pillent sans rien revendiquer d'autre que des fringues, des jeux vidéo et des articles de luxe à receler ; et il y a tous ceux, invisibilisés, qui restent chez eux et voudraient bien aller en cours. Ce qui les distingue, selon moi — je mets à part les voyous récidivistes —, c'est le degré d'intériorisation de l'autorité, de la norme, du risque de sanction. Plus ce lien est ténu, plus il s'est effiloché, moins on aura de chances d'avoir des citoyens dans un État démocratique apaisé, capables de contenir leur colère d'être minoritaires. On aura alors des masses d'individus sans direction, exposés au risque qu'un jour, d'autres sources d'autorité ne soient tentées de s'exercer sur elles et n'abusent de cette génération désabusée.



Vos réactions sont les bienvenues en commentaire. Je lirai et répondrai à chacune, y compris — et surtout — à celles qui ne partagent pas mon analyse.

Dim'sensus retrouve son rythme dominical ce dimanche 25 octobre, sur des sujets plus classiques. Dim'sensus, c'est tous les dimanches.



Raphaël Eulry est fondateur de DISSENSUS AFFAIRES PUBLIQUES, cabinet de conseil en affaires publiques, influence et communication de crise.

 
 
 

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