DIM'SENSUS #3 — Semaine du 7 au 13 septembre 2026

Cinq faits. Une grille d'analyse. Mon regard. Vos commentaires.
1- Les sénatoriales du 27 septembre 2026 : l'élection que les entreprises ignorent… à tort
Dans quinze jours, 178 sièges sur 348 seront renouvelés au Sénat. Un scrutin indirect, discret, qui ne mobilise pas les foules — et pourtant. L'élection du Sénat, c'est d'abord une élection des territoires puisque le collège de grands électeurs qui élit les sénateurs est composé à 95 % de maires et de conseillers municipaux. Et en même temps c'est une chambre parlementaire qui joue un double rôle législatif et de contrôle de l'exécutif déterminant. Ce qui me frappe, c'est que trop souvent les dirigeants d'entreprise voient passer le train du Sénat sans s'en soucier assez. Pourtant, dans une France rendue ingouvernable par la tripartition de la vie politique, la Haute Assemblée a pris la lumière comme rarement depuis 2022. C'est devenu une chambre de pouvoir réel, qui réfléchit, propose des réformes, contrôle et mène des commissions d'enquêtes ou des missions parlementaires essentielles. Dans deux semaines, une partie de sa composition change. Les directions des affaires publiques qui n'ont pas encore de doctrine sur leurs relations avec le Sénat ont quelques semaines pour commencer à y réfléchir sérieusement car il est prévu du changement. Pas de majorité mais un équilibre des forces revu et de nouveaux élus vont y faire leur entrée. Il vaudra mieux bien les connaître.
2- Data centers : Lescure invente la "licence sociale". Intelligent ?
Alors que des dizaines de milliards d'euros affluent vers la France pour construire les infrastructures nécessaires à l'usage et au développement de l'intelligence artificielle, le ministre de l'Économie Roland Lescure a mis en garde contre le risque de voir émerger en France, dans les territoires, une contestation citoyenne comparable à celle qui secoue déjà les États-Unis. Sa réponse : appeler les opérateurs à obtenir ce qu'il a qualifié de "licence sociale" auprès des populations locales. « Quiconque installe un centre de données doit convaincre », a-t-il insisté. Et se faire comprendre et accepter.
Ce concept, emprunté à l'industrie minière, fait son entrée dans le vocabulaire de la politique industrielle française et rompt avec 30 ans de politique fondée sur la primauté du droit à toutes les oppositions, à la multiplication des recours judiciaires, à la stratégie du pourrissement organisé par certaines oppositions à des grands projets, y compris ceux pour lesquels une majorité des habitants s'est prononcée en faveur dudit projet. Il en a résulté des débats publics utiles certes, permettant d'améliorer des projets, voire d'aboutir à l'abandon des moins pertinents. Il en a résulté surtout des retards, des pertes d'emplois ou pire le maintien de situations ubuesques, polluantes, mauvaises pour l'intérêt général. Alors que ces projets avaient justement vocation à y apporter une réponse technologique, environnementale, économique et sociale. Accompagner les porteurs de tels projets, les aider à se faire accepter, gérer des crises sur le terrain, c'est mon job quotidien.
Roland Lescure recommande concrètement qu'avant de poser la première pierre d'un projet contesté, il faut mener une campagne d'affaires publiques locale. Élus, associations, habitants, médias locaux — l'acceptabilité se construit en amont, pas en réponse à une fronde. À Wissous, trois associations s'opposent déjà en justice à des projets de data centers. À Fouju, élus et habitants dénoncent un manque d'information. La leçon vaut bien au-delà des data centers : elle s'applique à toute implantation industrielle, tout projet d'aménagement, tout ce qui touche un territoire et ses habitants.
3- Polony se lance : l'audience médiatique peut-elle devenir un capital politique ?
Le 2 septembre sur RTL, Natacha Polony annonçait la création d'un mouvement politique pour rassembler ce qu'elle a appelé les "orphelins de la politique" ; elle n'excluait pas une candidature à la présidentielle 2027.
Ce qui m'intéresse ici n'est pas sa candidature en elle-même — la France a une longue tradition de personnalités médiatiques qui s'aventurent en politique avec des fortunes et des résultats très divers. Ce qui m'intéresse, c'est la mécanique. Polony n'arrive pas les mains vides : elle arrive avec une audience, une notoriété construite sur vingt ans de chroniques, une revue — L'Audace ! —, une ligne intellectuelle cohérente et un certain nombre de chefs d'entreprises. Mais l'audience médiatique et « social médiatique » est-elle devenue un capital politique désormais mobilisable, au même titre que l'implantation locale ou le réseau partisan ? La notoriété et l'image un peu « punk » de la politique proposée par Polony permettront-elles de valoriser une offre politique souverainiste dans la lignée de ses mentors politiques et philosophiques Jean-Pierre Chevènement à gauche et Philippe Seguin à droite ? À suivre au cours des prochaines semaines car le parcours d'obstacles est long et ardu. Il reste qu'avec toutes ces candidatures, notamment hors système ou hybrides comme celle-ci ou comme celles notamment de François Ruffin, Dominique de Villepin ou encore il y a peu (avant qu'elle ne renonce) de Clémentine Autain, il est important de se préparer à des surprises, à des ralliements, à ce que parmi ces personnalités, certaines jouent finalement un rôle le moment venu. Pour les directions de la communication et des affaires publiques, la cartographie des influenceurs réels du débat public n'a jamais été aussi nécessaire — ni aussi difficile à tenir à jour tant il devient nécessaire de l'élargir à des personnalités qui ne sont pas de purs politiques.
4- La filière hôtelière en ordre de bataille pour 2027 : un modèle à observer
À un an de la présidentielle, le Groupement des Hôtelleries & Restaurations de France (GHR) — né de la fusion de trois organisations professionnelles, fédérant 12 000 établissements et 150 000 salariés — a lancé une grande enquête nationale auprès des professionnels du secteur pour construire les propositions de la filière à destination des candidats. En parallèle, l'UMIH, organisation majoritaire du secteur présidée par Thierry Marx, poursuit son lobbying réglementaire actif sur la fiscalité, la taxe de séjour, la régulation de l'ennemi Airbnb et les normes sociales.
Ce qui m'intéresse dans cette démarche, c'est sa méthode : consulter d'abord le terrain pour légitimer les propositions, puis les porter collectivement face aux candidats à la présidentielle et aux futurs gouvernements. C'est exactement le modèle du Medef, évoqué la semaine dernière — la consultation comme base, l'action d'influence comme suite obligatoire. La filière hôtelière le fait avec cohérence et dans la durée. Elle a compris que peser sur une élection présidentielle ne s'improvise pas à six mois du scrutin. D'autres secteurs économiques gagneraient à s'en inspirer — maintenant, pas en janvier 2027.
5- Deepfakes et désinformation : avez-vous anticipé ce nouveau type de crise ?
Les campagnes de déstabilisation mobilisent désormais des réseaux de comptes automatisés, des contenus générés par intelligence artificielle — dont des deepfakes convaincants —, des stratégies de viralité calibrées au fonctionnement algorithmique de chaque plateforme. Face à cette menace, le communiqué de presse classique est devenu dérisoire.
La crise peut désormais être fabriquée, amplifiée, distribuée à grande échelle en quelques heures par des acteurs qui n'ont aucun lien avec votre organisation. Mais qui est vraiment prêt aujourd'hui à affronter une campagne de déstabilisation orchestrée par IA ? La gestion de crise moderne exige toujours des dispositifs de réponse multicanal, activables en quelques minutes, et des porte-parole formés pour intervenir. Mais encore faut-il les former et les activer face à cette nouvelle génération de crises que les directions de la communication maîtrisent encore mal. Et face à une crise générée par l'IA, il est essentiel d'intégrer désormais aussi dans votre arsenal d'anticiper de déployer des réponses à base d'IA. C'est la logique de guerre depuis des millénaires : une nouvelle arme, une nouvelle réponse avec un dispositif de défense et une contre-arme.
Raphaël Eulry est fondateur de DISSENSUS AFFAIRES PUBLIQUES, cabinet de conseil en affaires publiques, influence et communication de crise.



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