DIM'SENSUS #2 — Semaine du 1er au 6 septembre 2026
- raphaeleulry
- il y a 13 minutes
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Cinq faits. Une grille d'analyse. Mon regard.
1- André Citroën au Panthéon : quand l'hommage devient une opération d'influence
Depuis sa rencontre en juin avec Bruno Roger-Petit, conseiller mémoire d'Emmanuel Macron, Henri-Jacques Citroën s'est lancé dans un sprint final pour faire entrer son illustre aïeul au Panthéon avant la fin du quinquennat. Il s'appuie sur un comité de soutien aux puissants relais institutionnels. Ce serait la première fois qu'un entrepreneur entre au Panthéon. La correction -enfin- d'une anomalie.
Ce qui m'intéresse ici, ce n'est pas que le symbole — c'est surtout la mécanique. Faire panthéoniser quelqu'un, c'est mener une opération d'affaires publiques à l'état pur : identifier le bon interlocuteur au bon moment, construire une coalition de soutiens crédibles, créer une dynamique médiatique, inscrire sa demande dans l'agenda d'une décision d'État contrainte dans le temps, qui plus est, à un an d'une Présidentielle qui pourrait voir élire une présidente ou un président pas forcément pro-patron, même si celui-ci a œuvré il y a un siècle. Reste que la leçon n'est pas mémorielle, pas plus qu'elle n'est politique. Elle est avant tout opérationnelle : ces grandes décisions institutionnelles se préparent, se construisent, s'accompagnent. Toujours. Et le plus en amont possible pour se donner plus de chances de les voir aboutir.
2- Laboratoire de la République à Sens : les think tanks, nouveaux terrains de jeu du pouvoir
Les universités d'été du Laboratoire de la République, fondé par Jean-Michel Blanquer, ont réuni à Sens un plateau de premier plan : un prix Nobel d'Économie Philippe Aghion, deux anciens ministres de l'Économie et des Finances, Thierry Breton et François Baroin, l'actuel ministre en activité à ces mêmes fonctions, Roland Lescure, le Premier ministre Sébastien Lecornu lui-même. Pour débattre et imaginer des solutions -vraiment nouvelles ?- pour -enfin- tenter de traiter avec sérieux des sujets clés comme la dette, la croissance, l'éducation, l'innovation.
Outre ce qui se dit dans ces tables rondes, ce qui est intéressant dans ce type d'événement, c'est aussi ce qu'il révèle sur la façon dont le pouvoir se construit et s'autoalimente aujourd'hui en France. Bolloré influence via ses médias. Jancovici via une assemblée citoyenne (voir DIM'SENSUS de la semaine dernière). Blanquer via un laboratoire d'idées. Périclès, l'Institut de l'Espérance, Terra Nova, l'Institut Montaigne, l'Institut Thomas More, d'autres encore dont certains sont sur les fonts baptismaux, il devient nécessaire de comprendre la « géopolitique » des think tanks français. Les cartographier est devenu utile, voire indispensable pour comprendre qui pèse vraiment sur les programmes et les décisions publiques présentes et à venir. Dans quels espaces investir du temps, planifier des rencontres, faire passer des messages ? Lesquels sont les plus crédibles et pèsent ? Sur qui ? Sur quoi ? Tous les think tanks ne se valent pas. Tous n'ouvrent pas les mêmes portes. Un fil d'Ariane est nécessaire pour démêler cette toile un peu opaque.
3- "La droite de Dieu" : Bolloré sort de l'ombre. Ça change quelque chose ?
Le 3 septembre paraissait La droite de Dieu — Vincent Bolloré, un milliardaire en mission, livre-enquête signé par deux journalistes du Nouvel Obs. Si c'est exact, ce qui est révélé dans ce livre est édifiant : Vincent Bolloré piloterait lui-même chaque semaine deux réunions avec les directeurs des médias dans son giron — de CNews au JDD — où chaque article est présenté et chaque proposition de couverture soumise au grand patron, qui approuve ou rejette. Honnêtement, ce n'est ni le premier, ni le dernier à procéder ainsi. Après tout, il est patron de presse. L'équilibre est toujours « un combat » entre la rédaction et ses actionnaires.
Ce qui est intéressant et nouveau concernant Vincent Bolloré, c'est que désormais, son influence sur la vie publique est reconnue, anticipée et intégrée comme une donnée à prendre en considération dans toute stratégie. Pour preuve ce qu'en dit tout haut Gabriel Attal : « L'impact du groupe Bolloré, on l'intègre. C'est comme les réseaux sociaux, c'est une nouvelle donne. Ça devient hypocrite de faire sans. » Cette phrase dit quelque chose d'important : l'environnement médiatique dans lequel nous évoluons tous est désormais partiellement orchestré par des acteurs privés, des personnalités, qui ont leurs propres agendas et le promeuvent à travers leurs organes de presse et les médias qu'ils contrôlent. Bolloré, Stérin, Saada, Niels, Pigasse, des acteurs devenus clés dans les médias. Il existe bien un certain pluralisme apparent entre eux (tous ces patrons n'ont pas les mêmes visions de notre société et de son avenir). Mais, est-ce suffisant ? Quoi qu'il en soit, ce n'est ni un complot ni une fatalité. C'est un fait et même une donnée stratégique à considérer froidement quand on est dans l'action. La question à se poser : qu'est-ce que vous faites, vous, dans ce nouveau contexte médiatique et d'influence pour peser sur le récit qui entoure votre secteur, votre institution, votre organisation, votre entreprise, votre marque ?
4- 66 000 dirigeants consultés — et maintenant ?
Le Medef a mené avec OpinionWay la consultation « Cap sur 2027 », la plus vaste enquête jamais menée auprès de chefs d'entreprise. 65 872 dirigeants d'entreprise ont répondu aux questions des sondeurs entre avril et juillet 2026. Cinq priorités émergent dans les résultats de cette enquête inédite : réduction de la fiscalité, baisse des charges, défense et reconquête de la compétitivité, choc de simplification, investissement (ce qui nécessite des capitaux en haut de bilan et des taux d'intérêt moins élevés pour souscrire à des crédits) ; bref, une rupture avec la situation actuelle.
Or, une consultation, si massive soit-elle, c'est une formidable source de données fiables. Mais, si on en fait rien ensuite, si on ne met pas ensuite en œuvre un plan d'actions militant, alors elles seront oubliées ; puis remplacées ou contestées par d'autres données. Le Medef le sait bien et a engagé sa propre campagne présidentielle et législative pour 2027, avec un agenda et des actions pour se faire entendre, puis peser, à toutes les échelles ; nationales, régionales, locales.
Un exemple à suivre. En effet, trop souvent, les entreprises françaises excellent à produire des données sur leurs besoins. Elles osent ensuite beaucoup moins transformer ces données et les réformes qu'elles devraient inspirer en rapports de force concrets avec les élus, les cabinets ministériels, les parlementaires. Pour peser, il faut certes communiquer. Il faut surtout oser se montrer, prendre la parole, s'engager publiquement sur le terrain. Sur tous les terrains ; à toutes les échelles.
5- Près de 70 000 faillites : la crise que les dirigeants ne préparent jamais
En 2026, la France pourrait atteindre près de 70 000 faillites d'entreprises. Derrière ce chiffre, des dirigeants épuisés et souvent seuls face à une crise pour laquelle personne ne les a préparés.
La défaillance d'entreprise est une crise totale — juridique, financière, humaine — et presque aucun dirigeant n'est préparé et ne souhaite anticiper et se préparer du point de vue de cette communication sensible et de crise. Absence ou quasi-inexistence de communication en amont pour construire les relations qui permettraient d'amortir le choc. Absence ou quasi-inexistence de communication pour maîtriser le récit auprès des salariés, des créanciers, des élus locaux. Absence ou quasi-inexistence de communication pour rebondir sans être réduit ad vitam à cette épreuve professionnelle et personnelle. La communication du dirigeant en difficulté me semble au final un des angles morts les moins évoqués et appréhendés de la communication de crise en France. 70 000 fois cette année, quelqu'un va sans doute devoir le découvrir seul, à son corps défendant, à ses dépens aussi.
Raphaël Eulry est fondateur de DISSENSUS AFFAIRES PUBLIQUES, cabinet de conseil en affaires publiques, influence et communication de crise, basé en région lyonnaise.




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