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DIM'SENSUS #1 — Semaine du 25 au 29 août 2026

  • raphaeleulry
  • il y a 2 jours
  • 3 min de lecture

La revue hebdo de Dissensus : cinq faits, une grille d'analyse.


1- La REF 2026 : Mélenchon chez les patrons — et ce que ça dit

Les 26 et 27 août, le Mouvement des Entreprises de France organisait sa Rencontre des Entrepreneurs de France à Roland-Garros. Sept candidats déclarés à la présidentielle se sont succédé face aux dirigeants : Gabriel Attal, Raphaël Glucksmann, Marine Le Pen, Jean-Luc Mélenchon, Edouard Philippe, Bruno Retailleau, Marine Tondelier. Le fait marquant : Jean-Luc Mélenchon y participait pour la première fois, lui qui déclarait en 2012 qu'on ne discutait pas avec le Medef. Il y a dîné fin juin avec une cinquantaine de patrons réunis par France Industrie. Le déplacement dit quelque chose sur la campagne qui s'ouvre : l'économie se traitera devant les entreprises, quel que soit le bord. Pour les directions des affaires publiques, les DG et les directeurs de la communication, le message est clair : votre interlocuteur politique de demain est peut-être celui que vous n'imaginiez pas. C'est maintenant qu'il faut construire la relation. Après cela sera peut-être trop tard...


2- Le RN tisse sa toile dans les entreprises : pragmatisme ou capitulation ?

En avril 2026, Marine Le Pen a dîné discrètement avec plusieurs patrons du CAC 40. Jordan Bardella a rencontré des dirigeants du Medef — « loin d'être convaincus par le programme de l'extrême droite, mais pragmatiques », note franceinfo. À la REF cette semaine, les patrons s'interrogeaient ouvertement sur ce que le programme du RN leur réserve vraiment, après des tergiversations entre étatisme et libéralisme selon qui, de Marine Le Pen ou de Jordan Bardella, serait finalement le candidat à la Présidentielle. La question que peu osent formuler publiquement : jusqu'où va-t-on dans la relation avec un parti susceptible de gouverner dans dix mois, sans cautionner ce qu'on ne soutient pas ou sans dire publiquement qu'on cautionne de peur que cela nuise à son business ? C'est exactement le type de positionnement institutionnel qui se prépare en amont, pas dans l'urgence d'une victoire électorale. Les entreprises sans stratégie d'affaires publiques articulée sur ce dossier partiront là encore avec un temps de retard considérable. Pour l'heure, les contacts se font discrets mais de plus en plus nombreux.


3- MBS à Paris : le silence stratégique des entreprises françaises

La visite de Mohammed ben Salmane les 23 et 24 août — accords sur l'énergie, les transports, la santé et même de prochains parcs d'attraction en France, et en toile de fond la guerre en Iran — a remis en lumière un dilemme que les entreprises partenaires de l'Arabie saoudite connaissent bien : comment être présent sur un marché stratégique sans être associé à ce que ce partenaire représente aux yeux de certaines parties prenantes, à commencer par ses clients et l'opinion publique ? L'affaire Khashoggi n'a jamais été officiellement close. La juge d'instruction française poursuit ses investigations. Les entreprises qui ont signé des contrats à Riyad n'ont, pour la plupart, rien dit cette semaine. Ce silence est lui-même une posture. Le vrai sujet : quand la diplomatie d'État avance, les entreprises ont-elles une doctrine de communication sur les marchés sensibles, ou improvisent-elles au cas par cas ? La réponse est dans la question.


4- La crise interne n'existe plus : tout finit par devenir public

Un salarié filme une réunion de cellule de crise et la diffuse en story. Un mail interne se retrouve dans la presse. Un Slack fuite sur LinkedIn. Une cyber attack donne accès à des messages confidentiels internes et les révèle au grand public ou à des parties prenantes sensibles. Ce n'est plus un scénario hypothétique : c'est le quotidien des entreprises aujourd'hui. Les entreprises qui n'ont pas intégré cette réalité dans leur dispositif de crise ne gèrent pas une crise : elles en subissent à peu près systématiquement une deuxième immédiatement ou en différé.


5- Jancovici lance une assemblée citoyenne : l'influence institutionnelle hors partis

L'expert en énergie Jean-Marc Jancovici lance un dispositif de 150 Français tirés au sort, qui travailleront six mois pour produire des propositions écologiques à destination des candidats à la présidentielle. Ce qui est intéressant ici n'est pas la cause défendue, mais la mécanique utilisée : contourner les partis pour peser sur l'agenda public, en utilisant le format délibératif comme outil de légitimation. C'est de l'influence institutionnelle hors des canaux classiques — et ça fonctionne. Les associations professionnelles, fédérations et grandes entreprises qui cherchent à peser sur les politiques publiques devraient observer ce modèle de près. Il préfigure ce que seront des nouveaux champs et leviers des affaires publiques

dans un paysage politique de plus en plus fragmenté, avec des corps intermédiaires affaiblis par une représentativité affaiblie et des citoyens qui veulent s'engager et être entendus de plus en plus directement.


Raphaël Eulry est fondateur de DISSENSUS AFFAIRES PUBLIQUES, cabinet de conseil en affaires publiques, influence et communication de crise.

 
 
 

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